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 Initié par le Lieutenant-Colonel Duclos l’idée d’un voyage du souvenir sur les lieux des opérations au Djebel Sagho a été riche en enseignements et en contacts pour ceux qui y ont participé. Il a permis de retourner dans le si caractéristique massif du Bou Gafer et de parcourir chaque site où se sont déroulés des combats importants. Les nécessités de la logistique n’ont pas permis de suivre l’ordre chronologique des engagements. Si pour le secteur des aiguilles, à l’ouest, les lieux sont assez concentrés et particulièrement difficiles d’accès, sur le secteur Est, l’ensemble est plus étendu. Le petit résumé suivant permet de se situer :
En 1933, le djebel Sagho n’est pas encore pacifié. Il sert de refuge à des dissidents qui s’opposent à l’autorité. Ces derniers ont reconnu la valeur défensive du massif du Bou-Gafer et s’y retranchent avec femmes, enfants et troupeaux. Ils présenteront, aux troupes françaises comportant plusieurs goums, une résistance acharnée. Les opérations débutent le 13 février 1933. - le piton dit La chapelle est désigné lors des opérations sous le nom de piton 1. Sa prise intervient le 21 Février 1933. - Le piton 2 dit de Bournazel est pris le 22 Février 1933 - Le piton 6 est le Bou-Gafer (Roche fendue).Il fera l’objet de deux attaques le 23 février 1933 et surtout le 28 février qui se solderont par des échecs et des pertes lourdes. C’est au cours de cette deuxième attaque que le Capitaine de Bournazel sera blessé mortellement. - A partir de cette date, le massif fait l’objet d’un siège qui aboutit à une réddition le 25 Mars 1933. Le Carnet de voyage
Il est 8 H 30 à Ouarzazate, en ce 17 Mai 2009, le petit groupe se constitue au pied de l’hôtel la Perle du Sud, sous la houlette du lieutenant-colonel DUCLOS, l’initiateur de ce voyage commémoratif. Les présentations se font et les motivations s’ affichent : le lieutenant-colonel Duclos souhaite revoir le champ de bataille et laisse présager une bonne connaissance des hommes du sud marocain, Raymond Guyader présenté comme l’ historien de la légion étrangère vient avec une très sérieuse documentation et une approche faite de précision et de rigueur enfin les deux Lelong , le père chef d’escadron fraîchement retraité de la gendarmerie et son fils lieutenant également de gendarmerie qui marchent sur les traces de leur père et grand- père, à l’ époque sergent-chef au 21° goum.
 Mme Catherine Sergent nous rejoindra, le 18 à Alnif où son père le Colonel Sergent a été chef de poste des AI. L’organisation et la logistique repose sur M. Gandini , un grand connaisseur du sud marocain et de son histoire auteur de guides.
Nous nous mettons en route pour Alnif par Tinerhir. Nous posons nos bagages à l’hôtel restaurant « le météorite » à quelques kilomètres au sud Ouest d’ Alnif. Nous sommes accueillis par les membres d’une association d’ Alnif à vocation culturelle, mais également sociale et économique. Les échanges sont chaleureux, résultat d’un climat de confiance à mettre au crédit du lieutenant-colonel Duclos qui connaît individuellement un bon nombre des membres. Ce qui surprend davantage, c’est la présence d’une équipe de télévision venue de Rabat, pour préparer un reportage de 52 minutes sur les combats du Bou Gafer. La fin de l’après-midi sera consacrée à la recherche dans les rues d’ Alnif de témoins des opérations du Sagho côté dissidents, sous l’œil de la caméra. Ce qui demeure un exercice délicat. La rigueur historique n’est pas garantie et verser dans le repentir dès le premier jour ne correspond pas nécessairement à notre objectif commun. Toutefois, une femme évoque en berbère « la folle » la mitrailleuse qui n’arrête pas de tirer et « les oiseaux qui crachent le feu », les avions. Cette démarche confirme aux marocains l’urgence qu’il y a à recueillir les témoignages. La soirée sera animée par un groupe de musiciens locaux.
Le 18, nous reprenons le chemin d’ Alnif avec une visite de l’ancien poste des A.I. Suit une cérémonie du souvenir dans le cimetière de garnison dont l’état général est loin d’être satisfaisant. La prière du goumier est lue en français, en arabe et en berbère. La télévision filme. Nous nous mettons en route vers le Sagho en dépassant Imi n’Ouzrou . La piste devient plus escarpée. Nous arrivons pour midi à Kouia Brahim lieu de la réddition du 25 mars 1933. Les lieux n’ont pas changé fondamentalement depuis cette date, comme en témoignent les photos de l’époque. Nous pénétrons dans le mausolée et bénéficions des explications sur le saint local inhumé en ce lieu, il y a peut être 600 ans, et la pratique du pardon des péchés par le mouvement du bâton. Une démonstration qui laisse perplexe nos esprits cartésiens mais que personne au fond de lui n’a envie de tester sous l’œil de la caméra. On ne sait jamais ! Le gardien du lieu se trouvait lui aussi dans l’ Imsaden en 1933 et il évoque ses souvenirs d’enfant.
 Après le repas, nous reprenons notre parcours et atteignons le monument français situé dans un col. La pyramide en maçonnerie a perdu ses plaques commémoratives. La lecture de la prière du goumier s’élève dans le silence d’un lieu âpre et beau à la fois. Instant solennel, reconnaissance du sacrifice des nôtres et nécessité de tendre la main aux descendants de ceux d’en face. Instant de doute aussi, sommes-nous bien fidèles à la pensée de ceux qui avaient versé leur sang ici ? Sommes- nous légitimes dans notre démarche. ? La raison et le cœur l’emportent. La nécessité d’un avenir prometteur balaye les errements de la pensée. Le souvenir n’exclut pas l’amitié.
Le bivouac monté, nous partons à la recherche du PC des généraux Huré et Catroux que nous retrouvons à quelques centaines de mètres du col. La disposition des murs en pierres sèches et les débris multiples ne laissent aucun doute sur le passé historique du lieu. En face s’élève vers le ciel la silhouette noire des aiguilles du Bou-Gafer. Les pitons 42, 43, et 46 constituaient les objectifs des attaques des 24 et 25 février 1933.
 Le 19 Mai, nous partons suffisamment tôt pour échapper à la chaleur. Les 4X4 ne peuvent aller plus loin. Il faut marcher et les bagages suivent à dos de mulet. Arrivés au pied des aiguilles, nous mesurons à quel point une attaque par ce secteur pouvait présenter de difficultés. Les traces laissées par les obus sur les parois noircies témoignent de l’histoire. Vers 9 H 40, nous sommes au col et découvrons l’ Imsaden, ce plateau entaillé par deux vallées en V séparées par un ressaut et entouré par des pics. La végétation y est rare mais pas absente et quelques arbrisseaux signalent dans les fonds, les secteurs plus humides. La roche particulièrement dure se délite en blocs qui hérissent les pentes. Elle prend une coloration noire au fil du temps. Le ciel est d’un bleu d’azur et un vent sec souffle, modérant l’effet de la chaleur.
 Après un rapide repas à l’ancien camp du goum, aménagé après les opérations pour sécuriser la zone, qui deviendra pour quelques jours notre base logistique, l’envie est trop grande pour résister au besoin d’aller voir les lieux des combats autour des pitons 1, 2 et 6 sur l’Est du massif. A 16 H 00 se découvre tout à la fois le piton 1, la chapelle, sur notre droite, en contrebas, devant nous la croupe arrondie connue sous le nom de piton 2 de Bournazel et derrière nous la roche fendue, Bou Gafer, ou piton 6. Instants d’émotion pour ceux qui ne l’avaient imaginé qu’à travers les récits de leurs proches et éclairage sur les difficultés rencontrées par nos troupes. Les appareils photos gravent l’instant. Ceux qui disposent de documentations les consultent puis, suivent les échanges et parfois les lectures.
La nuit tombée, au camp, nous prenons le temps d’écouter une cassette audio enregistrée en 1977 par le capitaine Lelong à l’époque sergent-chef au 21° goum et placé au cœur des combats du 13 février au 3 mars 1933. En mettant l’accent sur la dimension humaine de la situation, ce document sonore complète son journal manuscrit publié dans la koumia au début des années 80 et remis au musée des Goums. Il précise aussi quelques points qui selon lui se sont éloignés de la réalité au fil des publications, sans se faire d’illusion sur la vérité historique et son traitement. Son petit- fils écoute, il a le même âge que son grand-père au moment de cette bataille. Des anecdotes sur les fluctuations du ravitaillement font sourire.
La nuit sera ponctuée par des aboiements de chiens venus d’on ne sait où et de l’écho vengeur du chef de camp. Les muletiers trouveront la réponse appropriée pour éloigner les canidés. Le 20 mai le groupe se remet en route pour la zone des combats. L’escalade du piton 6 apporte beaucoup d’enseignements sur la qualité de la position occupée par les dissidents et la présence de ce glacis n’offrant aucun abri à son pied, pour les assaillants. La visibilité est parfaite sur la presque totalité de la zone des attaques du 23 et du 28 février 1933 à l’exception d’une rupture de la pente peu après le franchissement de l’ensellement. Une mesure approximative montre une distance d’un peu plus de 500 m entre le piton 2 et le piton 6. L’exploration se poursuit entre le piton 2 et la chapelle. De furieux combats se sont déroulés sur cette arête le 22 février 1933. Entre les tirs imprécis de l’artillerie, les combats au corps à corps et une contre- attaque puissante le prix de cette conquête pèsera lourd, le lendemain 23 février 1933.
 Le piton 1, surnommé la Chapelle, développe ses élancements verticaux en même temps qu’elle confirme la valeur des ses enjeux. Conquise par des goumiers qui se faisaient la courte échelle et utilisaient les chèches comme cordes, éliminant ses occupants à bout portant, elle était difficile à défendre en ce 21 février .Devant elle, se développe l’arête conduisant au piton 2, nettement plus haut, offrant aux dissidents une succession de rochers en gradins se transformant en autant de postes de tir. Une murette ruinée subsiste à sa base. Est-ce celle là, derrière laquelle le sergent-chef Lelong a passé la nuit du 21 au 22, inconscient après sa blessure par balle à la tempe droite et laissé pour mort alors qu’il organisait la défense de cette nouvelle conquête acrobatique.
Raymond Guyader disposant d’une impressionnante documentation et d’une forme physique en rapport, décide de partir avec le lieutenant Lelong à la recherche de l’emplacement du PC Giraud. Une position probable est reconnue. Le retour au camp par la vallée du Tazelaft et la remontée d’un col permettent de retrouver un membre de l’association d’ Alnif porteur du ravitaillement. L’excellent tagine du soir reconstitue les forces. Le 21 mai 2009, le groupe se remet en route. Le trajet est ponctué par les explications de Ihmadi Mohand, géologue à Alnif et les commentaires de notre poète Kettouch Haddou, défenseur éclairé de la culture berbère et connaisseur des philosophes du siècle des lumières, professeur de français à Ouarzazate. Catherine Sergent montre un intérêt éclectique pour tout ce qui l’entoure et sa gentillesse s’impose. Mais ce sont les chuchotements sur le lieutenant-Colonel Duclos qui forment le bruit de fond. Où ce diable d’homme est-il allé chercher cette énergie pour parcourir cette montagne ingrate avec autant d’application, à son âge? Sa vison des hommes, son approche parfois provocante des événements prolongent l’intrigue et nourrissent la discussion d’autant que sa connaissance de l’ arabe et du berbère lui donnent un avantage certain sur les gamins que nous sommes. Nous repassons aux pitons 6, 2 et 1. Les pauses sont ponctuées de la lecture d’extraits de l’histoire des goums (tome 1) et du journal du capitaine Lelong. La longue descente vers le Tazelaft est récompensée par une courte pause auprès d’un filet d’eau. Puis, nous retrouvons le reste de l’expédition en bordure de piste, juste le temps de faire naître quelques inquiétudes et de permettre au caïd d’Iknioun de rappeler à l’organisateur que l’accès au massif au Bou Gafer est soumis à une autorisation de sa part. en raison de la présence d’obus non éclatés.
Le retour à l’hôtel permet de procéder aux échanges d’adresses, et de promesses de retrouvailles. La magie du Sud Marocain a encore frappé et ce retour sur les lieux des combats de 1933 a permis à chacun d’enrichir ses connaissances sur ces événements tragiques.
Le CEN ( R ) LELONG Gildas
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